samedi 5 décembre 2020

Donald Trump : les derniers soubresauts d'un populiste apprenti dictateur ?

J'ai érigé le bon sens en vecteur cardinal de ce blog, et s'il y a bien un homme qui prouve systématiquement qu'il en est totalement dépourvu en dépit de l'immense pouvoir réuni en ses mains, c'est bien le sulfureux Donald Trump. 4 ans durant, l'humanité s'est retrouvé prise en otage de ses caprices. Quatre années à base de mensonges, d'illusions, de divisions, de scandales de caprices. Quatre longues années où la servitude a été érigée au rang de compétence. Quatre années de perdues dans la mobilisation contre le réchauffement climatique. Quatre années d'un populisme exprimé dans sa forme la plus abjecte, aux relents fascisants.

S'il y a une constante avec les populistes, c'est qu'ils s'accrochent au pouvoir avec une énergie rare lorsque pourtant vient le temps pour eux de passer la main. L'élection présidentielle américaine de novembre 2020 illustre de façon presque caricaturale l'expression de cette vigueur malsaine, avec un président sortant - Donald Drump - défait par les urnes mais qui continue à vouloir peser de ton son poids en usant de tous les subterfuges - y compris les moins légaux - afin d'inverser l'implacable verdict des urnes. Je ne doute pas qu'avec le recul, l'histoire jugera cet homme avec la sévérité qu'il mérite.

Dans les heures qui ont suivi l'élection, j'ai suivi avec fascination sur CNN les projections issues des dépouillements, Etat par Etat, et les gesticulations, les élucubrations et les divagations du Président sortant, à tel point que les médias non encartés ont été contraints d'aussitôt affirmer que ses allégations étaient totalement infondées. Après avoir dénigré des mois durant les vertus du vote par correspondance, après avoir saboté en amont les budgets de la Poste américaine afin de compliquer le vote à distance, après avoir martelé à ses partisans qu'il leur fallait impérativement se déplacer physiquement le jour du scrutin, il a tout d'abord faussement et unilatéralement proclamé une victoire en trompe l'oeil basée des résultats partiels ne prenant en compte que les votes physiques, puis dans la foulée a demandé l'arrêt du comptage des votes par correspondance alors que leur dépouillement ne faisait que commencer, offrant à ses partisans l'illusion d'une possible victoire en disqualifiant sur des bases fantaisistes la validité des votes par correspondance, pourtant juridiquement totalement légaux. Ayant entravé juridiquement autant que faire se peut la certification des  résultats dans les Etats indécis jusqu'à la date limite, il a fait planer la menace d'une possible servilité aveugle de juges acquis à sa cause empiétant sur l'Etat de droit pour stopper le processus et outrepasser les votes populaires par un subterfuge légal grossier qui aurait pu conduire in fine à la désignation des grands électeurs par des gouverneurs majoritairement acquis à sa cause et ainsi inverser l'implacable résultat en faveur de son adversaire Joe Biden.

Malheureusement pour Donald Trump, les Etats-Unis constitue une démocratie ancienne, dotée de suffisamment de contrepouvoirs pour stopper les pulsions destructrices d'un mauvais perdant. Dans d'autres pays, ses gesticulations auraient pu connaitre un tout autre dénouement et basculer vers une dictature de fait. Dans un Etat de droit doté d'une vraie liberté de la presse, le populisme consistant à monter les citoyens les uns contre les autres en hurlant au complot permanent à hue et à dia finit par trouver ses limites, et c'est heureux. Le lendemain de l'élection, faisant fi de l'habituel politiquement correct propre aux médias non partisans, la rédaction de CNN a ainsi choisi de directement traiter Donald Trump de menteur suite à sa conférence de presse surréaliste où il prétend être victime d'une fraude massive occultant sa prétendue victoire, tandis que NBC décidait d'interrompre en direct ladite conférence de presse et sa litanie de mensonges. A noter que Twitter qui fut de facto allié de circonstances de Trump lors de l'élection de 2016 en lui conférant une caisse de résonance au poids sous-estimé, il émet désormais un message d'avertissement ("This claim about election fraud is disputed") à destination des lecteurs à chacun des Tweets fantaisiste-complotiste rédigé par le président sortant.

Les dégâts occasionnés par 4 ans de Trumpisme ont été nombreux. Certaines digues ont vacillé, des débordements ont eu lieu.  La Cour Suprême américaine qui fait la pluie et le beau temps sur le système judiciaire américain s'en retrouve durablement ancré côté républicain. Ce sera assurément là l'héritage le plus durable d'un Président qui n'aura au final brillé que par son incompétence. Le lien de confiance entre le peuple américain et ses élites s'en retrouve durablement abîmé du fait d'un seul homme. Mais bien que fissuré, le barrage institutionnel a malgré tout tenu bon jusqu'ici et gageons que malgré les derniers soubresauts d'un homme aux abois enfermé dans un déni malsain en compagnie de son dernier carré d'irréductibles, la transition du pouvoir aura bel et bien lieu comme prévu en janvier, pour l'investiture de son successeur. Juridiquement, plus rien ne s'y oppose. The game is (almost) over.



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