Nous y voilà. Dans quelques heures, les américains se retrouveront avec un nouveau président puisque le peuple américain est appelé à élire le successeur de Joe Biden au poste le plus important et le plus impactant de la planète.
Le choix est on ne peut plus simple : d'un côté Kamala Harris, actuelle vice-présidente démocrate, et de l'autre côté l'inénarrable Donald Trump qui représente prétendument le camp républicain. Le moins que l'on puisse dire s'agissant de cette campagne électorale 2024, c'est qu'elle fût chaotique d'un côté comme de l'autre, quoique pour des raisons fondamentalement différentes.
Depuis la mise en retrait de Joe Biden en juillet dernier, Kamala Harris a repris le flambeau démocrate faute de mieux. Il faut dire que le leadership côté démocrate se retrouvait à bout de souffle : Joe Biden (80 ans), Nancy Pelosi (84 ans), ou encore le trublion Bernie Sanders (83 ans) auraient raisonnablement dû passer le flambeau à une nouvelle génération de démocrates depuis bien longtemps et la candidature de Kamala Harris aura constitué un plan B décidé en urgence faute de mieux côté démocrate. Pour ce qui est de l'émergence d'un nouveau leader démocrate d'envergure, on repassera plus tard.
A la vérité, la campagne électorale mené par Kamala Harris aura été une franche réussite lorsque l'on songe qu'il lui aura fallu se jeter dans la bataille en répondant présent au pied levé, à tel point que l'on est en droit de penser que Harris bien qu'intrinsèquement talentueuse se préparait secrètement depuis longtemps. Elle aura su habilement se démarquer de l'ombre tutélaire de Joe Biden en présentant un visage apaisé, souriant, charismatique et dynamique en esquivant notamment avec souplesse et malice les innombrables coups de butoir assénés inlassablement à longueur de meeting par son impitoyable adversaire républicain. L'esquive opportune, donc, plutôt que la parade et le rapport de force direct afin de déjouer des attaques de type "gros sabot" ; voilà l'habile stratégie déployée par Kamala Harris qui lui aura ainsi permis de ne jamais faire le jeu de son adversaire direct tout en préservant ses forces au maximum. Son slogan improvisé "we are not going back" aura su faire mouche auprès d'un électorat particulièrement mobilisé autour de sa personne ces dernières semaines si l'on en croit les salles inlassablement remplie à chacun de ses nombreux meetings électoraux : séduire d'un côté, écarter l'ombre menaçante de Trump de l'autre, ses choix semblent avoir été judicieux tout du long.
Donald Trump de son côté, aura également mené une campagne chaotique, à tous les niveaux. L'homme est aux abois depuis quelques années. Que ce soit financièrement ou judiciairement, le point de rupture n'est pas loin et sa campagne électorale lui aura permis de retarder une catastrophe personnelle imminente. S'il veut entretenir l'illusion et éviter la banqueroute personnelle mais aussi et surtout la case prison, il n'a d'autre choix que de remporter cette élection présidentielle de 2024 afin de gagner quatre années supplémentaires de répit.
L'homme - dont l'ego est démesuré - se retrouve désormais avec des capacités oratoires sensiblement amoindries en raison de l'âge, mais a choisi l'attaque à outrance. Encore et encore. Malgré un début de déclin cognitif visible, son bagout demeure redoutable et ses attaques continuent de faire peur aux uns tout en fascinant les autres. Tout pour l'attaque côté Trump, y compris jusque dans le choix de son co-listier, le sulfureux sénateur J.D. Vance. Attaque frontale contre les médias qu'il accuse invariablement d'être partiaux. Attaque contre ses adversaires (humiliations et asservissement des alliés républicains d'une part, diabolisation et menaces à peine voilées contre les démocrates d'autre part). Attaque contre les immigrés à tout va (sa dernière saillie contre les porto-ricains risque de lui coûter gros dans les états pivots). Attaque contre toute forme de progressisme social. Son programme économique se résume à promettre un protectionnisme rigide à base de taxes sur les importations étrangères. Attaque contre les dépenses publiques militaires destinées à défendre l'Ukraine et à consolider le poids de l'OTAN. Attaque contre les techno-solutionnistes ainsi que contre les scientifiques, raillant au passage tous ceux qui alertent sur le réchauffement climatique. Attaque frontale contre les femmes et leur droit à disposer de leurs corps. Sans oublier l'attaque contre les démocraties elles-mêmes en vantant à de multiples reprises les vertus de l'autoritarisme comme mode de gouvernance idéale. A trop vouloir faire le taureau furieux se ruant sur tout ce qui bouge, l'homme est à bout d'énergie et l'on a tellement entendu de propos incohérents de sa part ces dernières semaines qu'il est en train de caler en fin de campagne. Que ce soit en raison de la fatigue ou un début de démence, le résultat est le même : ses saillies à tout va fascinent de moins de moins et rebutent de plus en plus, et ce n'est pas l'ingérence de la Russie de Vladimir Poutine ni l'aide pour le moins suspecte d'Elon Musk qui suffiront à conquérir les indécis, sachant qu'ils sont moins nombreux par rapport à d'autres élections précédentes.
Dans ces conditions, malgré des derniers sondages particulièrement indécis, je prédis une victoire de Kamala Harris en raison de la surmobilisation des femmes et des américains d'origine étrangère. Afin d'éviter que Donald Trump ne continue à gesticuler et sème un nouveau chaos prélude à un début de guerre civile en proclamant faussement une victoire à la faveur des comptages laborieux des derniers bureaux de vote dans les états-clefs, la victoire de Kamala Harris se doit d'être la plus large possible afin d'être incontestable. Cela qui aura pour effet de faciliter un début d'apaisement au sein d'une Amérique presque scindée en deux blocs difficilement réconciliables... Il faudra bien en passer par là, de toutes les manières. A l'échelle mondiale, la victoire de Kamala Harris constituera un solide revers pour Vladimir Poutine et sa clique autoritariste, car derrière ses sourires de campagne, je sens aussi en elle la femme à poigne dont la planète a cruellement besoin depuis de nombreuses années.
Je considère que Kamala Harris a environ 96 % de chances de remporter
cette élection, avec environ 65% de chances qu'il s'agisse d'une bien
plus large victoire que prévue, les sondeurs ayant probablement fait preuve de frilosité face au phénomène de foire qu'est Donald Trump, le plus grand bonimenteur de l'histoire de la politique américaine.
Si jamais Donald Trump parvenait à l'emporter en revenant à la Maison Blanche, ce serait une très mauvaise nouvelle pour l'ensemble du monde libre auquel nous appartenons, et de nouvelles heures sombres nous attendraient alors jusqu'à la fin de la décennie, voire davantage. Je n'ose y croire. Puissent les électeurs américains faire le seul bon choix possible.
