jeudi 31 mars 2022

Une guerre économique contre la Russie... mais pas que.

En décidant de sanctionner économiquement la Russie partout là où c'était possible afin de contenir les envies hégémoniques, nous sommes enfin entrés en guerre - au sens figuré du terme - contre la Russie de Vladimir Poutine. Nous les démocraties occidentales, nous les européens, nous les français. Présentant enfin un front uni contre l'ogre russe et son appétit insatiable. J'emploie ici le mot "enfin" à dessein, dans la mesure où lui se montrait déjà plus qu'offensif contre nous depuis de nombreuses années déjà en sapant nos démocraties à coup de corruption, menaces, chantages, désinformation, piratages informatiques massifs, élimination d'opposants sur nos sols et bien plus encore. Nous minimisions l'impact de cette nuisance sournoise afin de préserver la paix ambiante... ou tout du moins ses apparences. A présent que l'Ukraine se retrouve envahie militairement par les troupes russes, faire semblant que nous sommes en paix avec la Russie n'est plus possible.

Présentement, il faut pouvoir peser de tout son poids contre le tsar russe et ses sbires sans pour autant prendre le risque de déclencher un conflit armé bloc contre bloc qui pourrait potentiellement dégénérer en cataclysme nucléaire. Pas d'intervention militaire des troupes de l'ONU ou d'un quelconque pays de l'Union Européenne mais une aide indirecte à la population ukrainienne et à son gouvernement légitime  : aide humanitaire, livraison d'armes prétendument défensives, mise à l'abri des populations réfugiées sur le sol européen (via la Pologne, principalement, mais pas seulement).

L'argent étant le nerf de la guerre, nous avons décidé de frapper là où cela peut faire mal sans effusion de sang pour le moment : au portefeuille. Suite aux premières sanctions prises contre la Russie, Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances a été le premier à résumer ouvertement la situation : nous sommes entrés en guerre économique contre la Russie. Une déclaration publique de sa part que l'on pourrait qualifier de maladroite eu égard à la tension extrême du moment, et qui a aussitôt créé des remous de part et d'autre. Pourtant, elle résume parfaitement la situation telle qu'elle est. Et il est plus que temps de s'opposer ouvertement aux envies hégémoniques du Tsar Poutine qui n'a cessé d'étendre sa pernicieuse influence au cours des deux dernière décennies sans que personne ne me mette en travers de son chemin, de telle sorte que son appétit d'ogre n'a fait que de se renforcer année après année.

Ne nous voilons pas la face. Nous, français, en tant que maillon fort solidaire de la chaîne occidentale, sommes bel et bien entrés en conflit contre le maillon fort du bloc autocratique, à savoir la Russie de Vladimir Poutine. La première salve de sanctions économiques afin d'isoler et d'étouffer la Russie en appellera d'autres à mesure que le conflit prendra de l'ampleur. A ce stade, difficile d'imaginer que Poutine fera marche arrière, car cela pourrait ruiner son autorité et générer un effondrement de son régime autoritaire. Il y a donc tout lieu de croire que les sanctions occidentales devraient donc s'intensifier et s'inscrire dans la durée. A terme, la Russie pourrait être contrainte de devoir vivre en semi-autarcie, avec les conséquences désastreuses que l'on imagine pour son développement. Et quand bien même la situation s'arrangerait rapidement à la faveur d'un changement de régime radical et soudain en Russie, restera le problème de l'ardoise à régler pour la reconstruction de l'Ukraine.

Après tant d'années perdues à toujours vouloir privilégier la carte de l'apaisement et de la diplomatie , nous nous sommes enfin résolus à nous opposer frontalement à la Russie en actionnant un premier levier économique. Mais ce n'est pas nous qui déclenchons les hostilités contre la Russie : à la vérité la confrontation a démarré depuis plus longtemps qu'on ne le pense, bien avant l'invasion de l'Ukraine ce 24 février 2022, puisque cela fait des années que Vladimir Poutine nous a ciblés et amoindris, nous les démocraties occidentales, par un minutieux travail de sape, que ce soit via ses usines à trolls sur les réseaux sociaux, via les machiavéliques chantages de ses agents du FSB exercés sur des personnages publics clefs dont on ne pourra vraiment mesurer l'ampleur que dans quelques années, ou via sa corruption généralisée à coups de pétro-roubles. Sans oublier les innombrables piratages informatiques que l'on a pu observer ces dernière années lancés depuis la Russie et qui ont procuré sueurs froides et cheveux blancs aux ingénieurs informatiques occidentaux et Ukrainiens. On n'oubliera pas non plus toutes ces morts violentes et/ou faussement accidentelles d'opposants, journalistes et dissidents, survenues un peu partout sur la planète, commanditées par Vladimir et ses sbires.

La guerre est donc bel et bien là. Et pas seulement sur le sol Ukrainien. Elle est là, sous la forme d'une confrontation. En France. En Occident. Depuis longtemps. Sournoise. Sauf que jusqu'ici ce n'est pas le sang qui a coulé. Uniquement de l'encre. Et maintenant que l'encre rouge succède à l'encre noire, tout ceci finit par sauter aux yeux. Il était plus que temps !