samedi 31 décembre 2022

Guerre des egos, guerre des égaux, guerre des médias, guerre des étoiles... Le jeu trouble d'Elon Musk en Ukraine

Inutile de rappeler ici en détail qui est Elon Musk. Il est tout simplement LE multi-milliardaire intuitif et visionnaire (mais aussi un brin excentrique) qui a fait de sa vie professionnelle une success story en transformant en or tout ce qu'il touchait : Paypal, SpaceX et Tesla pour ne citer que ces trois mastodontes de l'économie mondiale. Il a bien évidemment d'autres lignes à son palmarès de businessman accompli. Sur un plan plus personnel, sa vie est également riche en péripéties, puisqu'il dispose en sus de sa nationalité sud-africaine d'un passeport canadien (via ses racines maternelles), mais également américain grâce à sa formidable contribution a l'économie des USA. Détail assez peu commun le concernant : il  est par ailleurs le père d'une floppée de bambins, issus de trois mères différentes.

Ce bref rappel étant fait, venons-en à ce qui nous intéresse ici. Elon Musk est un acteur privé majeur dans le conflit armé sans pitié que se livrent russes et ukrainiens depuis le 24 février dernier. A lui seul, son poids dans la balance est même supérieur à celui de nombreux états souverains d'envergure sur le scène internationale. Pourtant, il a opéré un brusque changement de cap ces dernières semaines, venant brouiller toutes les cartes au point de laisser perplexes ses suiveurs (tant du côté de ses fans que de ses contempteurs).

Dès les premières heures de l'invasion russe en Ukraine, Elon Musk a réagi en annonçant qu'il déployait son réseau satellitaire Starlink en Ukraine via sa société SpaceX, ceci afin de permettre aux ukrainiens désemparés par l'endommagement des infrastructures vitales du pays, et notamment de ses réseaux traditionnels de communication, de continuer à avoir un point d'accès à l'information. Grâce au déploiement en un temps record de Starlink, internet a continué à fonctionner a peu près normalement en Ukraine, à tel point que la communauté internationale a eu tôt fait de croire qu'Elon Musk était devenu une sorte de corsaire des temps modernes permettant aux naufragés ukrainiens de se maintenir à flots en échappant aux foudres du Poséidon Poutine pourtant déchainé. Dans les faits, ce système de communication d'avant-garde a bel et bien permis de maintenir une couverture internet jusque sur la ligne de front, permettant notamment aux forces ukrainiennes friandes de la technologie occidentale de calculer au plus juste la trajectoire de leurs missiles et de mieux géolocaliser leurs cibles. Les russes, de leur côté, en ont également profité, mais dans une moindre mesure, sachant que leurs équipements militaires sont moins à la pointe du progrès technique. Pour les civils, cela a permis de maintenir les populations informées en temps réel : le fait de continuer à recevoir internet et un accès libre à l'information a eu pour vertu de booster leur moral et leur désir de résistance face aux vagues de terreur de l'occupant russe. Un acteur privé  On se disait alors qu'une fois la victoire ukrainienne acquise, Elon Musk aurait probablement pu recevoir sans peine une citoyenneté ukrainienne d'honneur amplement méritée.

Las ! Avec le temps qui passe et un peu de recul, les observateurs commencent à se rendre compte que le corsaire du roi n'est pas tout à fait le défenseur de la veuve et de l'orphelin en Ukraine, mais qu'il a plutôt l'étoffe d'un pirate.

L'annonce du déploiement avec succès de Starlink en Ukraine a tout d'abord constitué un formidable coup de publicité pour l'homme d'affaires, la question du financement de l'opération n'ayant pas vraiment été évoquée au début du conflit. Les naïfs ont donc pensé que cette opération publicitaire spéciale était en quelque sorte "gratuite" en permettant aux sceptiques de se rendre compte que Starlink permet de connecter le monde de façon durable y compris en terrain hostile. Las ! Il s'avère que dans les faits, la facture pour le déploiement et le maintien des 25.000 terminaux livrés à l'Ukraine a été partagée entre plusieurs protagonistes, avec comme contributeur principal le gouvernement des Etats-Unis d'Amérique. Il y a une quinzaine de jours, Elon Musk a relativisé le poids de la contribution américaine sa balance. Au regard de son immense fortune personnelle, déployer Starlink en Ukraine - même gratuitement - ne constitue qu'une goutte d'eau puisée dans un océan de richesse.

Pourtant, début octobre, les ukrainiens ont constaté que Starlink avait cessé de fonctionner précisément sur la ligne de front (notamment au Donbass et du côté de Kherson), tandis que d'autres régions ukrainiennes constataient quant à elles une importante réduction du débit internet assuré par Starlink. On pourrait arguer du fait que de nombreux terminaux terrestres ont été endommagés avec le temps, mais la vérité crue est toute autre, Elon Musk lui-même ayant pris la décision de réduire la voilure. Reste donc à savoir pourquoi. La raison économique, liée au financement des terminaux constituerait-elle la seule explication à ce soudain tarissement de la source ? Il semble que d'autres enjeux plus complexes puissent expliquer le brutal changement de cap opéré par le corsaire Musk. 

Un premier indice de taille s'est glissé dans un de ses Tweets en date du 3 octobre dernier : usant de la rhétorique et des éléments de langage que l'on retrouve du côté des habituels chiens de garde de Poutine, il propose un sondage express qui jetterait les bases d'un hypothétique protocole d'accord entre ukrainiens et russes. Près de 3 millions de personnes ont répondu par la négative (à hauteur de 60%). L'irruption de ce "sondage express" porte la signature implicite de Vladimir Poutine lui-même, je n'ai absolument aucun doute à ce sujet. Les deux hommes les plus riches de la planète se sont parlés directement à ce propos. Et Poutine a manifestement su se montrer convainquant pour que Musk accepte d'endosser ce rôle d'émissaire auprès de la communité internationale. Soit par la flatterie. Soit par le bluff, soit par un quelconque moyen de coercition. Un simple Tweet a suffi à semer la zizanie. LCI a même réussi à présenter ledit Tweet-sondage comme un authentique "plan de paix". Ni plus ni moins. Mis sous pression par les réactions outrées de nombreuses personnalités et journalistes spécialisés face à cette irruption brutale dans la sphère diplomatique d'un acteur privé n'ayant pas la moindre accréditation, Elon Musk a officiellement démenti s'être au préalable directement entretenu avec Vladimir Poutine a ce sujet et a invoqué le souhait de prévenir une 3e guerre mondiale. Et pourtant... comment imaginer que les deux personnes les plus riches de cette planète ne disposent pas d'un canal de communication direct ayant ringardisé le traditionnel "téléphone rouge" d'autant que là encore les éléments de langage employés sont ceux habituellement utilisés par les habituels chevaux de troie du Kremlin.

 

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