Il y a un peu plus d'un mois, avant que la guerre en Ukraine ne débute et avant même de se déclarer officiellement candidat, Emmanuel Macron avait déjà selon moi 90% de chances d'être réélu. Depuis lors, ses chances n'ont cessé d'augmenter. A tel point que j'estime désormais la probabilité d'une réélection quasi-acquise, de l'ordre de 98%. Voire même 99% malgré les derniers soubresauts désespérés de l'extrême droite et des usine à trolls voulant écorner son image.
Trois raisons principales à cela, que je vais expliquer brièvement dans cet article. Tout d'abord, il apparait peu judicieux de changer de capitaine alors que le navire essuie une vigoureuse tempête. Ensuite, il faut bien reconnaître que l'actuel Président - chef des armées - fait montre de tempérance, compétence et sérénité alors qu'un nouveau chapitre de l'histoire moderne est en train de s'écrire sous nos yeux ; son bilan intérieur est par ailleurs plutôt bon. Enfin, on s'étonnera quand même un peu des multiples errements, des approximations et des erreurs commises par l'ensemble de ses adversaires politiques capables de peser dans cette élection présidentielle.
De par la constitution de la Ve République, le Président est le chef de nos armées, celui qui décide de la politique militaire du pays. Or, pour la première fois depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la France se retrouve directement menacée par la Russie de Vladimir Poutine suite à l'invasion de l'Ukraine en février. Une personne ayant attentivement écouté les discours de l'autocrate russe ne peut pas ignorer les menaces à peine voilées formulées contre l'ensemble des pays qui adopteraient une attitude inamicale envers lui en apportant un soutien trop appuyé à l'Ukraine. Une partie des français l'ont d'ores et déjà parfaitement compris et intégré. Les autres tentent de se rassurer en restant volontairement dans la confortable torpeur d'un brouillard dont ils ne veulent pas sortir pour ne pas se faire trop peur... mais dans leur for intérieur, ils sentent malgré tout confusément que pour la première fois de leur existence la sécurité de la France n'est plus garantie à 100%. Le menace est existentielle. Au moment de glisser leur bulletin dans l'urne, les indécis - et ils sont nombreux - glisseront le bulletin d'Emmanuel Macron dans l'urne pour la simple et bonne raison qu'on ne change pas de capitaine en pleine tourmente : confier le gouvernail à une nouvelle tête peu aguerrie représente un risque. Or, les français souhaitent avant toute chose diminuer les risques d'escalade, dans un contexte international particulièrement tendu.
Pour les électeurs indécis, ce sera la prime à la continuité, qui s'appliquera. Un premier atout majeur dans la manche du Président sortant face au pool de challengers.
Quelle que soit son orientation politique personnelle, on est obligé de reconnaitre que le bilan du Président Macron en matière de politique interne plaide plutôt en sa faveur. Il a su faire preuve d'une certaine compétence au cours du quinquennat écoulé. Si la crise des gilet jaunes a été pour lui particulièrement délicate a gérer, celle du COVID-19 a été dans l'ensemble maîtrisée, le quoi qu'il en coûte ayant porté ses fruits au-delà des attentes. Le taux de chômage est bas. Pour ce qui est de la politique intérieure, le bilan est dans l'ensemble positif, la hausse de l'inflation et de la dette étant des moindres maux au regard des difficultés essuyées. La contestation est là, profonde chez certaines franges de la population, mais elle demeure contenue.
Qu'on le veuille ou non, les spécificités du calendrier international (présidence tournante de l'Union Européenne et commandement intégré de l'Otan), couplé à l'effacement provisoire des Etats-Unis (avec un Président Biden affaibli dans son autorité par Trump et distant géographiquement s'agissant d'un conflit pour le moment intra-européen) a propulsé Emmanuel Macron comme le principal rempart du monde libre contre les dérives du despote Russe. D'ailleurs le Président Macron est de facto le dernier leader d'envergure émanant du monde démocratique avec lequel Vladimir Poutine dialogue encore directement, le canal diplomatique n'étant pas totalement rompu ente les deux hommes. Face à l'intransigeance et à la folie meurtrière du leader russe, une mise au ban assortie d'une rupture totale du dialogue eut certes été une option à considérer. C'est d'ailleurs celle qui semble avoir été choisie par Joe Biden. Mais il n'est pas certain que ce soit la meilleure, dans la mesure où elle est également plus risquée.
Aux yeux des français, avoir un Président ayant su préserver son quinquennat d'un scandale majeur et ayant par ailleurs faire preuve de sérénité et de diplomatie dans un moment-clef tel que celui-ci représente un argument de poids au moment où les électeurs français doivent faire un choix crucial pour l'avenir du pays.
Pour être le meilleur, parfois, il suffit d'être le moins mauvais. Tout comme les commentateurs politiques chroniqueurs et éditorialistes, je ne peux que constater - et déplorer - la faiblesse du débat démocratique lors de cette campagne présidentielle de la France en son édition 2022.
La faute à des partis politiques traditionnels de droite comme de gauche littéralement en bout de course, qui de surcroit ont fait le choix de candidates au charisme inexistant dont le parcours ressemble davantage à un chemin de croix qu'à une campagne électorale digne de ce nom. Sans compter qu'elles se retrouvent minées par de multiples dissensions en interne. J'aurai l'occasion de revenir dessus ultérieurement. Valérie Pécresse et Anne Hidalgo feront probablement un score catastrophique le 10 avril, laissant un champs de ruines derrière elles. Difficile d'imaginer un autre scenario que celui de la déconfiture totale pour les deux candidates. Anne Hidalgo ne franchira vraisemblablement par la barre des 5%. Quant à Valérie Pécresse, sa baisse régulière dans les sondages depuis sa victoire à la primaire de la droite laissent également craindre un score à un seul chiffre.
Vu la faiblesse de l'alternance politique classique, on est forcé de prendre en compte les candidatures alternatives, pourtant peu enclines de par leur nature à fédérer les enthousiasmes d'une majorité de français. L'écologie n'a toujours pas le vent en poupe à l'échelle nationale, tandis que les populistes se sont en grande partie décrédibilisés eux-mêmes du fait de leur laxisme, de leur complaisance, voire de leur accointances avec la Russie de Vladimir Poutine dans les semaines, les mois et les années ayant précédé l'envahissement de l'Ukraine.
L'écologie politique est engluée depuis plusieurs décennies dans une médiocrité à peine croyable au regard des enjeux cruciaux à moyen-long terme. Yves Jadot ne fait pas exception, non seulement sa personnalité ne convainc pas, mais ce qui est plus grave, ce que le programme écologiste s'avère peu cohérent et que les saillies du candidat ne font jamais mouche malgré sa bonne volonté. Comment les écologistes font-ils année après année pour se montrer systématiquement incapables de faire émaner de leurs rangs un champion digne de ce nom ? Mystère.
Pour ce qui est de l'extrême droite, le soufflet Eric Zemmour semble être retombé... tout du moins pour ce qui est de cette élection présidentielle. Qui trop provoque finit par trébucher : ses innombrables saillies et provocations inutiles ont fini par le mettre en position inconfortable. Il lui restera les législatives pour amoindrir la défaite qui s'annonce... à tel point qu'on en vient à se demander s'il n'a pas délibérément choisi de faire l'impasse sur l'élection présidentielle pour se projeter vers une future union des droites. Quant à Marine Le Pen, son manque de professionnalisme et sa maitrise empirique des dossiers continue de plomber durablement son image en dépit du fait qu'elle soit parvenue à se dédiaboliser en faisant endosser ce costume par son pseudo-rival Eric Zemmour et à axer sa campagne sur une thématique consensuelle, à savoir le pouvoir d'achat. Suffisant pour pouvoir se hisser une seconde fois d'affilée jusqu'au second tour... mais pas pour gagner.
Reste la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Le tribun. Le loup gris. Ses équipes sont très présentes sur les réseaux sociaux, et ses meetings immersifs constituent toujours une originalité en soi. En teintant son discours d'un important volet écologiste, force est de reconnaitre qu'il réussit à faire preuve d'une certaine forme de modernité en dépit du caractère suranné de son programme et du poids des ans s'agissant de son compteur personnel. Mais cela ne saurait suffire à l'heure où l'on passe à la loupe les principales mesures de son programme : les accointances non seulement poutiniennes mais également islamistes de la France Insoumise et le volet économique de son programme toujours aussi risqué (on annule la dette d'un coup de baguette magique) affaiblissent inévitablement sa candidature aux yeux de toute personne modérée. Si Jean-Luc Mélenchon a voulu incarner le vote utile à gauche n'hésitant d'ailleurs pas au passage à donner son feu vert à ses sbires pour le torpillage des campagnes de ses rivaux Fabien Roussel et Anne Hidalgo, y parvenant en partie, cela ne devrait pas suffire pour hisser le populisme de gauche jusqu'au second tour.
En synthèse, parce qu'il n'a aucun rival crédible et eu égard au contexte international, les chances qu'Emmanuel Macron soit réélu sont donc de 98% à une semaine du premier tour. On accordera à Marine Le Pen une probabilité symbolique de 1% à la faveur du choc énergétique en cours qui laisse des millions de français en plein désarroi et grâce aux usines à trolls sur les réseaux sociaux qui maintiennent tant bien que mal sa candidature à flots. Aucun autre candidat ne dépasse 0,1%. A moins d'un cataclysme ou d'un scandale de dernière minute digne de ce nom (une vraie affaire d'Etat), cette élection présidentielle est donc pliée. Verdict le 24 avril.