| Bye-bye Jean-Pierre |
1988-2020 quasi sans interruption, ce n'est pas rien que d'avoir marqué du sceau de son emprunte l'information de la mi-journée à la française (sans compter sur ses JT de 20h qu'il aura présentés au cours de la décennie précédente). Et quelle information : le bonhomme aura contribué à modéliser l'information de terroir, n'hésitant pas à ouvrir une part conséquente de ses journaux télévisé sur des sujets aussi cruciaux et vitaux pour les français que le bien-être des boulangers vendéens, le savoir-faire séculier des éleveurs de canards du Gers, les mille et unes merveilles et calamités de la météo ou bien encore la transmission des secrets entre maitres-artisans et apprentis.
Bref, Jean-Pierre Pernaut aura façonné les journaux télévisés de la mi-journée en leur ôtant une part substantielle de leur caractère anxiogène et en opérant un recentrage de l'information sur les régions. Au début impulsée par la nouvelle direction de TF1 suite à sa privatisation en 1987, il aura fait sienne l'information régionalisée. En la teintant de bonne humeur et de bonhommie. "Nos régions ont du talent". Et pourtant, moult fois il aura été taxé par ses contempteurs de n'être qu'un vilain réactionnaire caché derrière sa voix bienveillante et son humour bon enfant. Sans que cela ne le fasse vaciller. Preuve que son règne aura été sans partage : non seulement ses audiences seront demeurées excellentes tout du long de ces trois décennies, mais de surcroît la concurrence aura souvent lorgné - et en partie copié - sur son style. Une touche de ruralité, une réelle part de sincérité... et voilà : une victoire par K.O. de l'homme de la France périphérique qui aura su se passer du téléprompteur qui donne des airs robotisés à la quasi-totalité de ses confrères journalistes. Ce n'était pas bien compliqué de devenir le chouchou des français. Il aura suffi de leur parler d'eux. Dans le creux de l'oreille. Et de leur portefeuille (il aura également présenté le magazine "Combien ça coûte?" pendant près de deux décennies). Pour ce qui est de la justesse de ses lignes éditoriales, on repassera.
Le jeune septuagénaire (né en 1950), s'il quitte le JT de 13h n'abandonne pas pour autant définitivement le petit monde de la télévision. On dit souvent que l'information constitue l'une des drogues dures du PAF et que ceux qui y gravitent pendant une durée prolongée ont du mal à arrêter du jour au lendemain sans y laisser des plumes sur le plan du mental. Jean-Pierre Pernaut n'échappe pas à cette règle, quand bien même il transmette un flambeau sans être brutalement évincé comme tant d'autres. Quoi qu'il en soit, pas question pour lui de décrocher brutalement. L'homme a des projets ! Gageons que malgré sa santé vacillante, tant que ses forces le lui permettront, il fera encore de nombreuses apparitions devant les caméras.
Les hasards de la vie ont fait que j'ai pu croiser l'homme à quelques reprises au cours de ma vie. Mais malgré tout cela, je n'ai jamais réussi à me faire une opinion tranchée à son sujet. Bravo à lui quoi qu'il en soit pour cette longévité sans égal. Qu'on le veuille on non, il aura été une part de l'âme de ce colosse médiatique qu'est la chaîne TF1.
On verra comment le JT de 13h de TF1 évoluera dans les mois et années à venir, mais une telle emprunte ne s'estompera pas en un clin d'oeil, c'est certain. Avec ou sans Jean-Pierre Pernaut, les JT de terroir ont encore de belles années devant eux. Pour le plus grand plaisir de certains. Et au grand dam des autres. Heureusement, lorsqu'on est pas content, on peut toujours zapper... non sans pester parfois contre une certaine forme d'abrutissement des masses.
Ciao Jean-Pierre !
