Il y a beaucoup à dire sur l'actualité. La France traverse une zone de turbulences suite à la réforme des retraites impulsée par un gouvernement, celui D'Elisabeth Borne, ayant finalement eu recours à l'article 49.3 de notre Constitution pour faire passer son projet de loi emblématique, faute de disposer d'une majorité absolue à l'Assemblée Nationale et à défaut d'avoir su nouer une quelconque alliance avec les autres formations politiques. Dans ce contexte particulier, propice à l'agitation, aux grèves, aux mouvements sociaux et aux débordements en tous genres, les médias ont vu éclore une nouvelle bête de foire dont le faciès juvénile contraste avec son discours radical, extrémiste : Manès Nadel.
Tel Calimero avec le reste de sa coquille d'oeuf sur la tête, ce jeune garçon scolarisé en classe de Seconde constitue la figure de proue du syndicat lycéen "La voix Lycéenne" (se réclamant de lutte sociale, écologiste, antiraciste, antifasciste, féministe et intersectionnelle), et truste depuis quelques semaines les apparitions remarquées dans les médias, notamment au sein des chaînes d'information en continu (telles que BFMTV et C-News). Il y a à peine neuf mois, sa préoccupation principale portait sur les sujets de son brevet des collèges. Aujourd'hui, il veut faire plier Macron. Ni plus ni moins.
Comment en est-on arrivé là ? Tout est parti d'un premier micro tendu dans la rue, où, grâce à son aplomb, son air excessivement juvénile, ses mimiques et ses éléments de langage structurés (reproduisant étonnamment ceux des leaders de La France Insoumise), ce jeune lycéen s'est vite retrouvé relayé et commenté abondamment parmi les réseaux sociaux (Twitter, TikTok et consors), générant alors un buzz spontané, composé pour une moitié de gens acquis à sa cause séduits par un tel aplomb et pour une autre moitié de gens moqueurs devant ce garnement parlant déjà de retraites. Il n'empêche, les projecteurs se sont retrouvés aussitôt braqués sur lui pour une seconde apparition médiatique, puis une troisième, tout l'enjeu étant alors de savoir s'il s'agissait d'une prestation remarquée isolée ou si le talent oratoire du bonhomme était bel et bien réel... ce qui semble être le cas, le jeune garçon enchaînant depuis lors les prestations oratoires du même acabit que la première.
C'est bien simple, avec le phénomène Nadès Madel on assiste même déjà à l'extension du domaine de la lutte. A la faveur d'une exposition médiatique galopante, le jeune prodige de la rhétorique s'enhardit même à présenter ses autres chevaux de bataille, puisqu'il tire désormais à boulets rouges sur tout ce qui bouge, notamment sur ParcoursSup, sur les modalités d'application du nouveau Baccalauréat, ainsi que sur l'instauration du Service National Universel obligatoire. Partout là où il passe, l'herbe ne repoussera pas.
L'emballement médiatique est donc en cours, et peu importe au final sa représentativité réelle ou supposée. On pourrait dresser un parallèle avec la suédoise Greta Thumberg, mais il me semble moins pertinent qu'un tout autre cas précédemment recensé sur notre sol national (quoique dans un tout autre domaine) à savoir le légendaire Hatem Benarfa. A 13 ans, cet apprenti footballeur pensionnaire de l'INF Clairefontaine fut l'un des protagonistes d'un documentaire sur les jeunes pousses du football français et se fit particulièrement remarquer pour ses performances ballon au pied, sans parler du pseudo adoubement par Zinedine Zidane en personne avec la scène du don de ses mitaines. Pendant près de vingt ans, les naïfs et les optimistes ont attendu frénétiquement l'éclosion de son prétendu talent au plus haut niveau. Une éclosion qui jamais réellement ne vint. Savoir dribbler n'est qu'une des multiples qualités nécessaires pour pouvoir briller au panthéon du football. Il en va de même en matière d'engagement politique et social : savoir singer les grands en y ajoutant de la gouaille de l'aplomb et de la fraicheur, c'est bien. Mais dans une démocratie, bien bien long est le parcours permettant d'acquérir la sagesse, la maturité les connaissances et la légitimité pour changer le monde.
Une chose est certaine, les rédacteurs en chef des chaînes d'information en continu feraient mieux de stopper leur quête effrénée du buzz, et privilégier la recherche de la compétence et de l'expertise, car en tendant délibérément le micro aux extrêmes et aux bêtes de foire telles que Nadès Manel, le débat public s'en retrouve inexorablement affaibli, nous plongeant chaque jour un peu plus dans la cacophonie et le brouhaha... d'une cour de récréation.
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