Réélu avec plus de 58% des suffrages au second tour, Emmanuel Macron n'aura guère tremblé à l'occasion de cette élection présidentielle de 2022. Le score final est sans appel, et l'on peut donc qualifier cette réelection de "confortable". On peut même affirmer que c'était presque gagné d'avance au vu du contexte (notamment et économique et géopolitique) ainsi qu'au vu du profil des challengers. Seul un faux-pas aurait pu gripper la mécanique bien huilée d'un chef de l'Etat candidat à sa propre succession.
Certes, les sondages auront à deux reprises placé ses adversaires Valérie Pécresse (en décembre) et Marine Le Pen (en avril) au coude à coude avec le président sortant, mais dans les deux cas il s'agissait d'un feu de paille induit par la dynamique d'un mini-succès intermédiaire pour celle franchissant un écueil, à savoir la primaire de la droite s'agissant de Valérie Pécresse et l'accession au 2e tour de la présidentielle pour Marine Le Pen. Cela aura dans les deux cas suscité un début d'emballement médiatique, de courte durée il est vrai : juste assez pour jouer à se faire peur un bref instant avec des "et si ?", mais guère plus. Ni les circonvolutions stériles des usines à trolls et des sphères complotistes ni le débat de l'entre-deux tours n'auront permis d'infléchir le cours de l'histoire, même en tenant compte du fait qu'une part toujours plus importante de la population bascule dans l'hostilité ouverte vis-à-vis des politiques modérés.
Contrairement à la bataille de la présidentielle, celle des législatives qui s'annonce m'apparait plus indécise. Principalement en raison des agissements du trublion Mélenchon, arrivé en troisième position en avril par les votes exprimés mais premier en mai en matière de gouaille, d'audace et de coups de poker. Car concommitamment à la débâcle d'Anne Hidalgo pour le PS, à la contreperformance de Yannick Jadot pour EELV et au coup d'épée dans l'eau de Fabien Roussel pour le PC, les insoumis ont lancé une OPA hostile et audacieuse dont on se demande si a elle seule cette alliance hétéroclite ne pourrait pas contrecarrer les plans de la majorité présidentielle pour les cinq ans à venir. Jean-Luc Mélenchon s'est enhardi en revendiquant une très improbable nomination à Matignon et occupe tellement l'espace médiatique depuis quelques jours, que son grand bluff baptisé "Nouvelle Alliance Ecologique Populaire et Sociale" peut tout ausi bien devenir un coup de maître qu'un fiasco retentissant. Car cet accord d'appareils, astucieux sur le papier, devra convaincre non seulement les qulques dissidents qui grincent des dents, mais aussi les électeurs les 12 et 19 juin. A droite, une recomposition prochaine s'avère également inéluctable... mais l'heure n'est pas aux grandes manoeuvres pour le moment (exception faite de quelques ralliements en ordre dispersé), et l'apathie ambiante pourrait coûter cher en termes de sièges obtenus à l'Assemblée Nationale, que ce soit pour la droite républicaine ou pour la droite nationaliste.
C'est devenu une tradition dans le Ve République : dans la foulée d'une élection présidentielle, les français accordent tacitement une majorité au président élu, afin de lui permettre d'appliquer son programme. Mais en raison du fait que ça s'agite beaucoup sur le flanc gauche de l'échiquier politique et qu'il s'agisse d'une réélection et non à proprement parler d'un changement de cap, nous ne sommes pas à l'abri de quelques surprises au soir du deuxième tour des législatives.
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