L'élection d'Emmanuel Macron à la présidence de la République en 2017 a
rebattu toutes les cartes, tant à droite qu'à gauche. Les effets de
cette élection sont loin d'être terminés, et il y aura bien des
incidences sur le moyen-long terme. La nouvelle est loin d'être anodine : Thierry Mariani, ancien ministre des transports sous la présidence de Nicolas Sarkozy, vient cette semaine de quitter Les Républicains pour rejoindre le Rassemblement National de Marine Le Pen en vue des élections européennes qui auront lieu en mai prochain.
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| Thierry Mariani franchit le Rubicon |
Ce qui était impensable il y a quelques années encore s'est produit en ce mois de janvier 2019 dans l'indifférence quasi-générale. Le basculement d'un poids lourd de la droite classique vers la droite dure constitue tout sauf un hasard. Le ralliement de Nicolas Dupont-Aignan au second tour de l'élection présidentielle de 2017 avait déjà constitué un premier signe avant-coureur d'acceptation et de légitimation théorique des idées de l'extrême-droite au sein de la société française. Et il se pourrait bien que ceci constitue un moment charnière de la Ve République. Avec le ralliement effectif de Thierry Mariani, la dédiabolisation du Front National - rebaptisé Rassemblement National - est désormais en cours, et c'est peut-être bien là une étape décisive vers la revendication effective du pouvoir à moyen terme par ce courant politique qui a jusqu'ici toujours été ostracisé et tenu à l'écart des alliances et alternances politiques.
Ce mouvement de bascule que l'on pressentait déjà amorcé au sein de la base de l'électorat de droite traditionnel est favorisé par le fait que la droite classique se retrouve exsangue, privée d'un champion légitime depuis le couac Fillon, et écartelée en interne entre un courant conservateur-traditionnaliste qui lorgne sans le dire vers la droite dure de Marine Le Pen, et un courant centro-libéral pro-européen qui tend vers les marcheurs d'Emmanuel Macron. Dans le contexte politique incertain du moment au sein de la droite - ou plutôt des droites - il est politiquement compréhensible que Thierry Mariani aille jusqu'au bout de cette logique d'écartèlement ; de la même manière que le fait que Alain Juppé quitte Les Républicains en ce début d'année pour se rapprocher des "constructifs", voire des "marcheurs" constitue tout sauf une surprise. Tout ceci a du sens.
La politique, c'est un peu comme la tectonique des plaques : à force de
frottements et de glissements, ça finit par générer des tremblements de
terre et des tsunamis.
