mardi 18 décembre 2018

Gilles Le Gendre : trop intelligent, vraiment ?

Il est l'une des figures montantes de la macronie depuis quelques mois. Elu facilement dans la 2e circonscription de Paris au nez et à la barbe de l'ancienne égérie de la droite Nathalie Kosciusko-Morizet, le député Gilles Le Gendre - désormais président du groupe parlementaire LReM à l'Assemblée Nationale - se démarque des autres élus de La République en Marche de par un parcours professionnel dense et touffu, mais également et surtout par un style et un phrasé qui lui sont propres, au point d'être affublé par ses confrères d'un titre/sobriquet affectueux, celui de "l'étonnant Monsieur Le Gendre". S'il ne fait pas l'unanimité dans son mouvement, il a le mérite de ne laisser personne indifférent et d'être apprécié par ceux qui comptent. 

A 60 ans désormais, le natif de Neuilly-Sur-Seine semble avoir le vent en poupe au sein d'un courant politique en manque de leaders. Toutefois, tout n'est pas rose au sein de La République en Marche. C'est le cas de le dire. En l'espace de 24h à peine, Gilles le Gendre vient de pondre deux petites boulettes coup sur coup ; boulettes qui risquent de faire boule de neige, au point de le faire un peu redescendre de sa montagne.

Diplômé de SciencesPo et de journalisme, l'homme d'expérience qu'il est aurait pourtant dû - avec un peu de bon sens - éviter de commettre des tels impairs en ces temps troubles où la base de la pyramide sociale revendique son droit à exister dignement. Mais les hommes cultivés ont un défaut que l'on retrouve souvent : se surestimer lorsqu'ils commencent à tutoyer les sommets. Gare à la chute pour ce premier de cordée.

Gilles le Gendre, l'intelligence incarnée.
Invité ce lundi 16 décembre 2018 sur le plateau de la chaine Public Sénat dont les audiences sont plus que confidentielles, Gilles le Gendre, alors que l'heure est à la contrition et à l'humilité au sein de l'exécutif et de la majorité présidentielle afin d'adoucir le courroux de la France d'en bas - celle des gilets jaunes - a suscité la moquerie des uns (journalistes et professionnels) et la colère des autres (adversaires politiques et gilets jaunes) en déclarant ceci : "Deuxième erreur [.../...] : c'est le fait d'avoir probablement été trop intelligents, trop subtils, trop techniques dans les mesures de pouvoir d'achat. Nous avons saucissonné toutes les mesures favorables au pouvoir d'achat dans le temps, c'était justifié par la situation des finances publiques mais manifestement ça n'a pas été compris."

Voilà bien une déclaration proprement lunaire au regard du contexte social, en tous les cas. Condescendance et mépris larvés réunis en quelques dizaines de mots à peine. Peu importe l'audience initiale de Public Sénat, car à l'heure des réseaux sociaux et du buzz, tout remonte à la surface en un laps de temps de plus en plus réduit. Pareille déclaration a de quoi alimenter davantage le ressentiment des français en dissidence avec ses élites. Pour quelqu'un qui prêche depuis des mois pour davantage de pédagogie auprès des français, en commettant pareille faute d'intelligence sociale, cet étonnant Monsieur Le Gendre mérite un zéro pointé.

Mais ce n'est pas tout. Car face au tollé initial, une petite tentative acrobatique tirée par les cheveux afin d'atténuer la douleur de la chute est souvent de mise. Pour le meilleur ou pour le pire. A mes yeux, la pirouette de Gilles le Gendre sur Twitter a été complètement ratée, dès lors qu'on l'observe à la loupe. Rétropédaler à la hussarde le lendemain au moyen d'un tweet contenant deux fautes dans sa dernière phrase prouve en tous cas que cet homme est loin de faire partie des plus intelligents qui soient parmi la classe politique française. Car si tel avait été le cas, il eut soigné son phrasé. Ou supervisé le tweet de son dircom dans l'hypothèse où il n'en soit pas directement le rédacteur.

La communication de crise requiert une certaine dose d'intelligence, un juste calibrage ainsi qu'une précision absolue. Elle se doit d'être irréprochable, tant sur le fond que sur la forme... y compris dans les détails orthographiques  : la désolation doit être individuelle et l'accord du participe passé doit être correctement respecté. Tel n'a pas été le cas. On passe carrément du zéro pointé au bonnet d'âne, là. Désolé, sincèrement, si j'en ai choqués certains.

On a trop longtemps confondu instruction et intelligence. C'est bien là un mal français, pays où la mobilité sociale est des plus faibles. "Auteuil, Neuilly, Passy tel est notre ghetto" chantaient les inconnus. Ils auraient tout aussi bien pu dire "Auteuil, Neuilly, Passy tel est notre Gotha". Pourtant, plus le temps passe, et plus je me rends compte qu'en France, les gens trop intelligents ne sont pas ceux que l'on voit se pavanant tout là-haut, sur les cimes, avec leur merveilleux CV dans une main et leur drapeau tricolore fièrement brandi dans l'autre.

La vie est vraiment belle quand on naît à Neuilly, que l'on a été scolarisé dans les meilleures écoles et que l'on a fréquenté dès le berceau les héritiers de la classe sociale dominante en France. Ah, comme on est prompts à reprendre le flambeau parental, dans de telles conditions ! Cette classe-là, elle n'a pas de parti politique. Mais elle n'a pas le monopole de l'intelligence non plus. Loin de là. N'est-ce pas monsieur Le Gendre ?


lundi 17 décembre 2018

Christophe Castaner et les interpeullations !

Il a fait des pieds et des mains pour récupérer le ministère de l'intérieur laissé vacant par Gérard Collomb, le "vieux monsieur" démissionnaire il y a quelques semaines. Victoire ! Il a obtenu le poste de premier flic de France, surtout grâce à sa fidélité au président Macron. Je veux parler ici de Christophe Castaner.

Ironie de l'histoire, la légende prétend que dans sa prime jeunesse, Christophe Castaner a réussi à vivoter du poker. Il est joueur. Comme moi. Mais avec un tantinet de recul, j'en suis venu à me demander s'il ne s'agissait pas d'un petit joueur. Pas seulement parce que l'homme a connu un passé sulfureux en ayant frayé à distance avec un gang de braqueurs. Pas non plus parce qu'avant son ralliement en faveur d'Emmanuel Macron en 2016 il s'agissait d'un sans-grade du parti socialiste dépourvu de faits d'armes (essuyant même en 2015 une cuisante défaite électorale aux régionales en PACA l'évinçant du second tour). C'est bien simple, avant son ralliement au candidat Macron, le grand public n'en avait pour ainsi dire jamais entendu parler. C'est tout sauf un poids-lourd.

Après un premier poste à responsabilité en tant que secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement mené de front avec un statut officiel de porte-parole du gouvernement, le voici catapulté Ministre de l'intérieur. Sa gestion de la crise des "gilets jaunes" et sa prise de parole officielle nous conduisent toutefois à doute de sa parfaite compétence pour exercer efficacement pareil ministère régalien nécessitant de la poigne et de l'aura.

Je laisserai à d'autres le soin de juger de la pertinence de son action sur le fond et vais uniquement me contenter de souligner un détail sur la forme lié à sa communication. Car après l'avoir attentivement écouté une bonne dizaine de fois dans les médias (et notamment les chaînes d'info en continu), il est un élément sur lequel j'ai tiqué à moult reprises : Monsieur Castaner prononce particulièrement mal le mot interpellation. Il nous faut savoir que la bonne prononciation phonétique est in-ter--lla-tion mais que par ailleurs la prononciation in-ter-pé-lla-tion est également tolérée. Or, étrangement, notre nouveau ministre de l'intérieur prononce ce mot-clef in-ter-peu-lla-tion. Et à chaque fois, mon oreille tique. Certes il y a divers accents chantants, en France, mais il s'avère que cette phonétique-là est totalement incorrecte. Et par-là donc inacceptable. Comment quelqu'un au sommet de la pyramide de l'autorité en France peut-il continuer à déformer de la sorte l'un des mots les plus importants de son vocable sans que personne dans ses équipes ne le sensibilise à la bonne prononciation ? Mystère. 

Le diable se cachant dans les détails, j'y vois un signe de dysfonctionnement loin d'être anecdotique, car selon ma règle du bon sens j'estime que pour qu'une autorité ou un pouvoir soient exercés de façon fluide, instinctive et sans aucune remise en cause directe ou indirecte, ce type de dérive phonétique ne doit pas exister au-delà d'une seule et unique fois. Or, Christophe Castaner a répété à l'envi le mot in-ter-peu-lla-tion dans les médias plusieurs jours d'affilée. Dans de telles conditions, il est probable que de nombreux citoyens sentent intuitivement (ou confusément) que quelque chose cloche lorsqu'ils écoutent les discours de celui qui - juste derrière le Président de la République - symbolise l'autorité à l'échelle nationale.

Je ne peux pas croire que personne n'ait tiqué parmi ses subalternes ou n'ait eu la présence d'esprit de lui remonter l'information... car ce détail anecdotique lié à la prononciation d'un simple mot, cet infime manque de maitrise phonétique risque d'être perçu comme un signe de faiblesse. Passer derrière Gérard Collomb et ses quelques impairs ne constituait déjà pas assurément un cadeau pour Christophe Castaner, et il faut reconnaître que notre nouveau ministre a pris ses fonctions à l'automne dans un contexte environnemental plutôt défavorable. Peut-être est-ce aussi l'une des raisons pour lesquelles les forces de l'ordre commencent à traîner des pieds ces derniers jours, prétextant la pénibilité conjoncturelle et structurelle de leur fonction pour tenter eux-aussi d'obtenir une revalorisation salariale conséquente. Chacun tente de tirer la couverture à soi, c'est humain. Aussi nombreuses et efficaces soient-elles, les interpeullations de Christophe Castaner risquent fort de diminuer sa poigne. Alors attention aux courants d'air...