Nous sommes fin janvier 2025 et Donald Trump est de nouveau président des Etats-Unis d'Amérique. Il aura déjoué mes pronostics en remportant cette élection y compris au niveau du vote populaire (ce qui n'avait pas été le cas lors de sa première élection en 2016). Et cela malgré son grand âge, ses dérapages, ses condamnations judiciaires, et malgré le fait qu'il ait continuellement écorné son image au cours des années et des mois passés. Par ailleurs, son camp contrôle également désormais le Sénat ainsi que la Chambre des Représentants. Le triomphe est total.
Quelque chose de profond concernant le psyché des américains m'aura donc échappé dans mon analyse de cette campagne électorale à nulle autre pareille. Dès le départ, la campagne de Donald Trump a été caractérisée par des boulettes, des approximations grossières et une série de déclarations controversées qui, en d'autres temps auraient été rédhibitoires. Sans compter qu'il avait été condamné pénalement dans une première affaire il y a quelques mois à peine tandis que d'autres étaient pendantes. Ses opposants ainsi que de nombreux analystes pensaient que cette condamnation ainsi que ses écarts répétés finiraient par aliéner une partie de son électorat, face à une adversaire Kamala Harris au parcours irréprochable, toujours souriante, positive et (en apparence seulement) populaire. Lors du seul débat télévisé entre les deux candidats, les experts avaient en outre considéré que Kamala Harris avait pris le dessus sur Donald Trump. Force est de constater que Kamala Harris, bien qu’armée d’un programme cohérent et
d’une expérience solide, n’aura pas su galvaniser l’électorat de la même
manière alors même que sa campagne aura été bien financée. C'est donc le signe que son message, axé sur l’unité, l'inclusivité, la tolérance et la reconstruction, n’aura pas
trouvé un écho suffisant dans un pays profondément polarisé sur le plan électoral.
De fait, il semble a posteriori que les excès en tous genres de Trump aient même renforcé son aura auprès de sa base, constituant de facto une preuve de son "authenticité" et de son rejet du politiquement correct et des excès de la culture dite woke qui se caractérise aux USA par une forme de tyrannie médiatique exercée par les minorités tous azimuts. Maintenant que le verdict des urnes a été rendu et qu'on commence à avoir un peu de recul sur les dynamiques de cette élection présentielle, c'est comme si pris en tenaille entre deux maux distincts, les américains avaient acté qu'un nouveau mandat de Donald Trump constituerait le moindre mal en dépit de tous ses défauts connus de tous et de toutes ses casseroles judiciaires.
Mon analyse était donc fausse. J'ai sous-estimé plusieurs petits facteurs indépendants qui ont fait pencher la balance du côté Trump au détriment de Harris.
1/ Le fait que les américains se plaignaient ces derniers temps des hausses de prix constantes. Ils en ont (à tort) imputé la responsabilité de la hausse des prix à Joe Biden, et par procuration à sa vice-présidente Kamala Harris, qui n'a pas su efficacement se démarquer de sa figure tutélaire.
2/ Le rôle des médias sociaux demeure toujours aussi crucial, et ce n'est pas près de s'arrêter pour les décennies à venir. Trump aura de nouveau démontré sa capacité à dominer la conversation publique via les réseaux sociaux. Elon Musk lui a concocté un algorithme aux petits oignons sur X. La communication directe et simpliste de Trump - faite de polémiques en tous genres - lui aura permis de maintenir l’attention sur lui et de mobiliser son électorat, là où Harris aura peiné à susciter le même engouement.
Cette élection présidentielle constitue donc un rappel brutal que les dynamiques électorales ne peuvent pas toujours être réduites à des données ou des pronostics purement logiques. Les émotions, les perceptions et l’aptitude à jouer avec les narratifs dominants jouent un rôle crucial. Mon erreur d’analyse me rappelle qu'il faut toujours faire preuve d'humilité en la matière. Les prédictions ne sont pas une science exacte, mais bel et bien une modeste tentative de décryptage des dynamiques et des tendances. L'élection de Donald Trump en 2024 restera comme un cas d’école de la manière dont un candidat peut triompher en dépit du bon sens.
Que cela plaise ou non, cette victoire reflète une Amérique qui a dans l'immédiat peur de perdre son identité profonde, elle qui s'était tellement ouverte au cours des dernières décennies. Le reflux de la culture universaliste à outrance est donc en marche. Et il promet d'être violent si l'on en croit les premiers décrets signés par Donald Trump. Le ton est donné.