lundi 11 août 2025

Proche-Orient : la double faute d'Emmanuel Macron

Les observateurs impartiaux sont quasi-unanimes pour dire que notre Président de la République, Emmanuel Macron est un homme particulièrement intelligent et cultivé. Pourtant, cela ne l'a pas empêché de commettre deux erreurs grossières au cours des dernières semaines en matière de politique internationale.

Il y a deux semaines, le 24 juillet 2025, Emmanuel Macron a surpris son monde en annonçant que la France reconnaîtrait officiellement l’État de Palestine lors de l’Assemblée générale de l’ONU en septembre. L’annonce a été présentée comme une manière de relancer la solution à deux États et de répondre à l’urgence humanitaire à Gaza. 

Sur le principe d’un État palestinien souverain, beaucoup d’analystes peuvent être d’accord quant à sa légitimité (partielle ou totale). Mais le problème stratégique majeur d'une telle annonce tient dans son timing et dans la méthode choisie par Emmanuel Macron, sachant qu'il s'agit d'un geste unilatéral et symbolique qui a plus de chances d’aggraver la situation actuelle au Proche-Orient plutôt que de l’améliorer, quand bien-même Le Royaume-Uni, le Canada et tout récemment l'Australie, se soient ralliés à cette position. D'autres pays risquent de suivre d'ici septembre, certes. Quoi qu'il en soit, même si créer un effet d’entraînement pour que d’autres pays suivent a de grandes chances de fonctionner (puisque même les chefs d'Etat sont à leur échelle des moutons de Panurge), l'effet obtenu risque d'être contraire au but recherché.

Une reconnaissance unilatérale sans condition ni coordination stratégique affaiblit la capacité des alliés à agir de façon cohérente (sanctions calibrées, pression afin d'exclure définitivement le Hamas et tous les membres de sa caste du pouvoir, garanties en termes de démilitarisation), et transforme un outil diplomatique en simple geste symbolique. Les observateurs étrangers tels que Reuters ainsi que d’autres médias ont souligné que Macron cherchait à créer un momentum pour d’autres reconnaissances, mais les seules réactions vives à cette erreur stratégique du Président Macron n'ont en définitive émané que d’Israël et des États-Unis, ce qui est regrettable car de la sorte il y a moins de chances qu'il se rendre rapidement compte de son erreur.

Plusieurs responsables et commentateurs ont noté que la reconnaissance, faite au moment où des pourparlers sur des libérations d’otages étaient en cours ou possibles, a réduit les marges de manœuvre des médiateurs et refroidi certaines discussions. Le sénateur américain Marco Rubio a d'ailleurs explicitement lié l’effondrement de certains contacts de terrain à l’annonce française, en estimant que cela revenait à récompenser des acteurs qui détiennent des otages et à rendre les négociations plus difficiles. D'autant que les négociations lors de prises d'otages sont déjà des séquences particulièrement difficiles à mener à bien en temps normal, même en position de force (relative). N'oublions pas que l’expérience montre que les échanges de prisonniers/otages ont le plus souvent des effets pervers : la libération - ou la concession politique - en échange d’otages peut renforcer l’incitation à capturer d’autres soldats ou civils par la suite, puisque permettant d'obtenir des résultats le plus souvent favorables. L’exemple le plus iconique est celui du cas de l'israélien Gilad Shalit en 2011, où un échange massif contre ce seul otage a eu des conséquences politiques et sécuritaires désastreuses, sachant que parmi les prisonniers libérés par Israël divers terroristes palestiniens ont par la suite récidivé !

Au-delà du cas des otages actuels fragilisés par la prise de position d'Emmanuel Macron, quand bien même la reconnaissance ne confère pas immédiatement de contrôle territorial à une organisation donnée, elle a une valeur symbolique bien plus importante qu'il n'y parait. Dans le contexte actuel - où le Hamas détient encore des otages suite à son raid d'octobre 2023 - la reconnaissance peut être instrumentalisée en tant que récompense ou victoire dans les territoires palestiniens : la propagande fait le reste et permet de renforcer la légitimation politique du Hamas ou de ses alliés, quand bien même on souhaiterait in fine exclure le Hamas de tout futur gouvernement palestinien. C'est donc selon moi à raison qu'Israel et plusieurs responsables américains ont dénoncé cette logique de reconnaissance sans aucune garantie en retour, en soulignant le risque d’encourager le terrorisme plutôt que de l’isoler. En outre, cela permet au Hamas de maintenir un semblant d'influence sur la sphère politique en dépit des lourdes pertes militaires et de l'hécatombe de ses leaders, traqués et éliminés méthodiquement par Israël depuis deux ans.

Sur l'échiquier mondial, l'annonce de la reconnaissance de la Palestine par Emmanuel Macron aura très probablement d'autres effets pervers ailleurs, à plus long terme : lorsque des groupuscules ou des dirigeants obtiennent des gains tangibles - tels que reconnaissance d'un territoire, levée de sanctions, intronisation dans des enceintes internationales - sans d’abord s’être désarmés ni avoir renoncé à la violence, d’autres groupes ou États y voient là un modèle d’action potentiellement rentable. Quelle que soit l'échelle (individus, groupes, Etats voyous), la règle de base en matière de terrorisme et de prises d'otages est immuable : on ne négocie pas avec des terroristes. Nonobstant le sang et les larmes que cela engendre. Y déroger, c'est préparer des futures rivières de sang et des torrents de larme dont le débit sera bien plus important encore.

Une seconde erreur du même acabit, et qui affaiblit encore la crédibilité de la France en matière de lutte contre le terrorisme, est l’accueil — à l'Élysée et dans certains cénacles occidentaux — du nouvel homme fort syrien, Al-Joulani, arrivé en Europe pour des rencontres officielles au printemps 2025 alors que les cadavres de la guerre civile syrienne étaient encore frais et que le pouvoir d'Al-Joulani n'était pas encore réellement consolidé. Non seulement Emmanuel Macron a été parmi les tous premiers leaders occidentaux à reconnaitre la légitimité d'Al-Joulani, mais il carrément reçu le dirigeant syrien lors de sa première visite européenne, une démarche immédiatement controversée, aussi honteuse que la tente bédouine de Khadafi plantée sur le perron de l'Elysée sous la présidence de Nicolas Sarkozy en 2007.

La poignée de main de la honte (mai 2025)
Joulani est un ancien chef rebelle aujourd’hui à la tête d’un appareil qui a été lié dans le passé à Al-Qaïda et à des réseaux djihadistes. Il a du sang sur les mains au sens propre comme au sens figuré du terme. Des enquêtes récentes font état d’atrocités et d’exactions commises par des unités désormais intégrées dans les forces gouvernementales ou pro-gouvernementales en Syrie. Les massacres récents par des troupes manifestement loyales à Joulani commis dans des villages druzes de Syrie assombrissent encore plus le tableau d'un homme malfaisant que la cravate et le peignage de barbe ne suffisent pas à rendre respectable. Que le Président Macron ait accordé une onction diplomatique à un tel personnage avant même que des garanties effectives de respect des droits de l’homme et de protection des minorités ne soient fournies fragilise la position morale et stratégique de la France et alimente par ailleurs la critique selon laquelle l’Occident normalise des acteurs au passé violent.

On le voit ici, que ce soit pour la Palestine ou pour Joulani sur le plan de la communication et de l’émotion politique, la reconnaissance parle fort : elle répond à une aspiration, d'autant plus que la France a une voix qui porte loin. Sur le plan stratégique, cependant, la temporalité et le manque de coordination internationale risquent d’aboutir à l’effet inverse : affaiblissement du levier de négociation sur les otages, gains symboliques pour des acteurs violents, et érosion de la crédibilité des pays qui se disent fermes contre le terrorisme tout en légitimant des acteurs au passé problématique comme dans le cas de la réception d’al-Joulani. Difficile de dire si Emmanuel Macron comprendra qu'il vient de commettre coup sur coup deux fautes majeures sur la scène internationale. Dans tous les cas, il serait bien inspiré de ne pas continuer sur cette voie-là, car il en va de la stabilité et du bien-être de tous.

jeudi 30 janvier 2025

Thundertrump

Nous sommes fin janvier 2025 et Donald Trump est de nouveau président des Etats-Unis d'Amérique. Il aura déjoué mes pronostics en remportant cette élection y compris au niveau du vote populaire (ce qui n'avait pas été le cas lors de sa première élection en 2016). Et cela malgré son grand âge, ses dérapages, ses condamnations judiciaires, et malgré le fait qu'il ait continuellement écorné son image au cours des années et des mois passés. Par ailleurs, son camp contrôle également désormais le Sénat ainsi que la Chambre des Représentants. Le triomphe est total.

Quelque chose de profond concernant le psyché des américains m'aura donc échappé dans mon analyse de cette campagne électorale à nulle autre pareille. Dès le départ, la campagne de Donald Trump a été caractérisée par des boulettes, des approximations grossières et une série de déclarations controversées qui, en d'autres temps auraient été rédhibitoires. Sans compter qu'il avait été condamné pénalement dans une première affaire il y a quelques mois à peine tandis que d'autres étaient pendantes. Ses opposants ainsi que de nombreux analystes pensaient que cette condamnation ainsi que ses écarts répétés finiraient par aliéner une partie de son électorat, face à une adversaire Kamala Harris au parcours irréprochable, toujours souriante, positive et (en apparence seulement) populaire. Lors du seul débat télévisé entre les deux candidats, les experts avaient en outre considéré que Kamala Harris avait pris le dessus sur Donald Trump. Force est de constater que Kamala Harris, bien qu’armée d’un programme cohérent et d’une expérience solide, n’aura pas su galvaniser l’électorat de la même manière alors même que sa campagne aura été bien financée. C'est donc le signe que son message, axé sur l’unité, l'inclusivité, la tolérance et la reconstruction, n’aura pas trouvé un écho suffisant dans un pays profondément polarisé sur le plan électoral.

De fait, il semble a posteriori que les excès en tous genres de Trump aient même renforcé son aura auprès de sa base, constituant de facto une preuve de son "authenticité" et de son rejet du politiquement correct et des excès de la culture dite woke qui se caractérise aux USA par une forme de tyrannie médiatique exercée par les minorités tous azimuts. Maintenant que le verdict des urnes a été rendu et qu'on commence à avoir un peu de recul sur les dynamiques de cette élection présentielle, c'est comme si pris en tenaille entre deux maux distincts, les américains avaient acté qu'un nouveau mandat de Donald Trump constituerait le moindre mal en dépit de tous ses défauts connus de tous et de toutes ses casseroles judiciaires.

Mon analyse était donc fausse. J'ai sous-estimé plusieurs petits facteurs indépendants qui ont fait pencher la balance du côté Trump au détriment de Harris.

1/ Le fait que les américains se plaignaient ces derniers temps des hausses de prix constantes. Ils en ont (à tort) imputé la responsabilité de la hausse des prix à Joe Biden, et par procuration à sa vice-présidente Kamala Harris, qui n'a pas su efficacement se démarquer de sa figure tutélaire.

2/ Le rôle des médias sociaux demeure toujours aussi crucial, et ce n'est pas près de s'arrêter pour les décennies à venir. Trump aura de nouveau démontré sa capacité à dominer la conversation publique via les réseaux sociaux. Elon Musk lui a concocté un algorithme aux petits oignons sur X. La communication directe et simpliste de Trump - faite de polémiques en tous genres - lui aura permis de maintenir l’attention sur lui et de mobiliser son électorat, là où Harris aura peiné à susciter le même engouement.

3/ Une base électorale réactionnaire inébranlable. Peu importe ses controverses et ses contradictions internes, Trump a maintenu la ferveur chez ses supporters qui ont choisi de lui demeurer fidèles, voyant en lui une figure qui incarne leur colère contre les élites démocrates universalistes perçues comme faibles, naïves ou même corrompues.
 
4/ Les minorités ethniques sont aujourd'hui bien davantage divisées que par le passé. Malgré le discours implacable de Trump vis-à-vis des minorités et des étrangers, les latinos et les noirs auront nettement moins voté Harris qu'escompté, et leur poids dans la balance n'aura pas suffisamment pesé en faveur des démocrates. Tout se passe comme si les latinos ayant la nationalité américaine avaient abaissé d'un cran leur degré d'empathie à l'égard de leurs semblables non américains, quand bien même une bonne partie de ces derniers soient issus de leur ethnie et partage les mêmes racines.

5/ La polarisation aux USA est devenue extrême, et le paysage politique américain est désormais plus divisé que jamais. Plutôt que de chercher à convaincre les indécis, Trump a adopté une stratégie de mobilisation maximale de son camp, et cela a payé. Harris, en revanche, a tenté de jouer sur les nuances et la modération, un pari qui n’aura pas porté ses fruits dans ce contexte de radicalisation des positions des uns et des autres.
 
6/ J'ai également sous-estimé l'impact des conflits à l'international sur l'opinion américaine. Quoi que pour des raisons bien différentes, les conflits en Ukraine (prix à payer pour un conflit qui s'enlise) et en Israël (réactions perçues comme outrageantes pro-palestiniennes dans les rues et sur les campus universitaires) auront contribué à favoriser un vote en faveur de Trump, le camp démocrate incarné par Biden et Harris ayant projeté dans ces deux conflits majeurs une image brouillée et confuse, voire faible.

Cette élection présidentielle constitue donc un rappel brutal que les dynamiques électorales ne peuvent pas toujours être réduites à des données ou des pronostics purement logiques. Les émotions, les perceptions et l’aptitude à jouer avec les narratifs dominants jouent un rôle crucial. Mon erreur d’analyse me rappelle qu'il faut toujours faire preuve d'humilité en la matière. Les prédictions ne sont pas une science exacte, mais bel et bien une modeste tentative de décryptage des dynamiques et des tendances. L'élection de Donald Trump en 2024 restera comme un cas d’école de la manière dont un candidat peut triompher en dépit du bon sens. 

Que cela plaise ou non, cette victoire reflète une Amérique qui a dans l'immédiat peur de perdre son identité profonde, elle qui s'était tellement ouverte au cours des dernières décennies. Le reflux de la culture universaliste à outrance est donc en marche. Et il promet d'être violent si l'on en croit les premiers décrets signés par Donald Trump. Le ton est donné.

lundi 4 novembre 2024

Présidentielle américaine : Kamala Harris doit gagner avec une marge substantielle

Nous y voilà. Dans quelques heures, les américains se retrouveront avec un nouveau président puisque le peuple américain est appelé à élire le successeur de Joe Biden au poste le plus important et le plus impactant de la planète. 

Le choix est on ne peut plus simple : d'un côté Kamala Harris, actuelle vice-présidente démocrate, et de l'autre côté l'inénarrable Donald Trump qui représente prétendument le camp républicain. Le moins que l'on puisse dire s'agissant de cette campagne électorale 2024, c'est qu'elle fût chaotique d'un côté comme de l'autre, quoique pour des raisons fondamentalement différentes.

Depuis la mise en retrait de Joe Biden en juillet dernier, Kamala Harris a repris le flambeau démocrate faute de mieux. Il faut dire que le leadership côté démocrate se retrouvait à bout de souffle : Joe Biden (80 ans), Nancy Pelosi (84 ans), ou encore le trublion Bernie Sanders (83 ans) auraient raisonnablement dû passer le flambeau à une nouvelle génération de démocrates depuis bien longtemps et la candidature de Kamala Harris aura constitué un plan B décidé en urgence faute de mieux côté démocrate. Pour ce qui est de l'émergence d'un nouveau leader démocrate d'envergure, on repassera plus tard.

A la vérité, la campagne électorale mené par Kamala Harris aura été une franche réussite lorsque l'on songe qu'il lui aura fallu se jeter dans la bataille en répondant présent au pied levé, à tel point que l'on est en droit de penser que Harris bien qu'intrinsèquement talentueuse se préparait secrètement depuis  longtemps. Elle aura su habilement se démarquer de l'ombre tutélaire de Joe Biden en présentant un visage apaisé, souriant, charismatique et dynamique en esquivant notamment avec souplesse et malice les innombrables coups de butoir assénés inlassablement à longueur de meeting par son impitoyable adversaire républicain. L'esquive opportune, donc, plutôt que la parade et le rapport de force direct afin de déjouer des attaques de type "gros sabot" ; voilà l'habile stratégie déployée par Kamala Harris qui lui aura ainsi permis de ne jamais faire le jeu de son adversaire direct tout en préservant ses forces au maximum. Son slogan improvisé "we are not going back" aura su faire mouche auprès d'un électorat particulièrement mobilisé autour de sa personne ces dernières semaines si l'on en croit les salles inlassablement remplie à chacun de ses nombreux meetings électoraux : séduire d'un côté, écarter l'ombre menaçante de Trump de l'autre, ses choix semblent avoir été judicieux tout du long.

Donald Trump de son côté, aura également mené une campagne chaotique, à tous les niveaux. L'homme est aux abois depuis quelques années. Que ce soit financièrement ou judiciairement, le point de rupture n'est pas loin et sa campagne électorale lui aura permis de retarder une catastrophe personnelle imminente. S'il veut entretenir l'illusion et éviter la banqueroute personnelle mais aussi et surtout la case prison, il n'a d'autre choix que de remporter cette élection présidentielle de 2024 afin de gagner quatre années supplémentaires de répit. 

L'homme - dont l'ego est démesuré - se retrouve désormais avec des capacités oratoires sensiblement amoindries en raison de l'âge, mais a choisi l'attaque à outrance. Encore et encore. Malgré un début de déclin cognitif visible, son bagout demeure redoutable et ses attaques continuent de faire peur aux uns tout en fascinant les autres. Tout pour l'attaque côté Trump, y compris jusque dans le choix de son co-listier, le sulfureux sénateur J.D. Vance. Attaque frontale contre les médias qu'il accuse invariablement d'être partiaux. Attaque contre ses adversaires (humiliations et asservissement des alliés républicains d'une part, diabolisation et menaces à peine voilées contre les démocrates d'autre part). Attaque contre les immigrés à tout va (sa dernière saillie contre les porto-ricains risque de lui coûter gros dans les états pivots). Attaque contre toute forme de progressisme social. Son programme économique se résume à promettre un protectionnisme rigide à base de taxes sur les importations étrangères. Attaque contre les dépenses publiques militaires destinées à défendre l'Ukraine et à consolider le poids de l'OTAN. Attaque contre les techno-solutionnistes ainsi que contre les scientifiques, raillant au passage tous ceux qui alertent sur le réchauffement climatique. Attaque frontale contre les femmes et leur droit à disposer de leurs corps. Sans oublier l'attaque contre les démocraties elles-mêmes en vantant à de multiples reprises les vertus de l'autoritarisme comme mode de gouvernance idéale. A trop vouloir faire le taureau furieux se ruant sur tout ce qui bouge, l'homme est à bout d'énergie et l'on a tellement entendu de propos incohérents de sa part ces dernières semaines qu'il est en train de caler en fin de campagne. Que ce soit en raison de la fatigue ou un début de démence, le résultat est le même : ses saillies à tout va fascinent de moins de moins et rebutent de plus en plus, et ce n'est pas l'ingérence de la Russie de Vladimir Poutine ni l'aide pour le moins suspecte d'Elon Musk qui suffiront à conquérir les indécis, sachant qu'ils sont moins nombreux par rapport à d'autres  élections précédentes.

Dans ces conditions, malgré des derniers sondages particulièrement indécis, je prédis une victoire de Kamala Harris en raison de la surmobilisation des femmes et des américains d'origine étrangère. Afin d'éviter que Donald Trump ne continue à gesticuler et sème un nouveau chaos prélude à un début de guerre civile en proclamant faussement une victoire à la faveur des comptages laborieux des derniers bureaux de vote dans les états-clefs, la victoire de Kamala Harris se doit d'être la plus large possible afin d'être incontestable. Cela qui aura pour effet de faciliter un début d'apaisement au sein d'une Amérique presque scindée en deux blocs difficilement réconciliables... Il faudra bien en passer par là, de toutes les manières. A l'échelle mondiale, la victoire de Kamala Harris constituera un solide revers pour Vladimir Poutine et sa clique autoritariste, car derrière ses sourires de campagne, je sens aussi en elle la femme à poigne dont la planète a cruellement besoin depuis de nombreuses années.

Je considère que Kamala Harris a environ 96 % de chances de remporter cette élection, avec environ 65% de chances qu'il s'agisse d'une bien plus large victoire que prévue, les sondeurs ayant probablement fait preuve de frilosité face au phénomène de foire qu'est Donald Trump, le plus grand bonimenteur de l'histoire de la politique américaine.

Quoi qu'il en soit, l'enjeu de cette élection présidentielle américaine est de taille. Encore plus que d'ordinaire. Pour le bien de l'humanité et de la planète, Kamala Harris doit gagner. Pour le bien de l'Amérique, Kamala Harris doit même battre Donald Trump à plate couture, avec une marge substantielle. Selon toute vraisemblance, le destin de Trump à partir de 2025 devrait s'écrire derrière les barreaux d'une prison, ou à la rigueur derrière ceux d'un hôpital psychiatrique. Si sa décrépitude physique s'avère plus avancée que prévue, un décès rapide n'est pas à exclure. Enfin, l'homme étant particulièrement retors, l'hypothèse d'une tentative de fuite rocambolesque hors du pays ne serait pas totalement à exclure. Mais n'allons pas trop vite en matière de spéculations. Une chose après l'autre. La victoire d'Harris d'abord.

Si jamais Donald Trump parvenait à l'emporter en revenant à la Maison Blanche, ce serait une très mauvaise nouvelle pour l'ensemble du monde libre auquel nous appartenons, et de nouvelles heures sombres nous attendraient alors jusqu'à la fin de la décennie, voire davantage. Je n'ose y croire. Puissent les électeurs américains faire le seul bon choix possible.


mercredi 10 janvier 2024

Gabriel Attal nommé premier ministre à 34 ans : un sacré coup de jeune !

Gabriel Attal est un homme pressé. Propulsé au rang de Premier Ministre à 34 ans seulement en remplacement d'Elisabeth Borne, son ascension ces dernières années a été littéralement fulgurante. Marcheur de la première heure dès 2016, il a vite gagné la confiance d'Emmanuel Macron et gravi les marches du pouvoir quatre à quatre.

Elu député en 2017 dans le sillage de l'élection présidentielle, il devient l'année suivante Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education Nationale et de la Jeunesse à la faveur d'un remaniement du gouvernement d'Edouard Philippe. Deux ans plus tard, le voilà propulsé porte-parole du gouvernement Castex où d'aucuns salueront ses comptes-rendus et ses conférences de presse avec un style à la fois offensif à bien des égards sur la forme tout en restant globalement irréprochables sur le fond. Après un bref passage aux comptes publics aussitôt suivi d'une nomination au prestigieux poste de Ministre de l'Education Nationale, voilà qu'Emmanuel Macron décide de le nommer Premier Ministre à la faveur du départ d'Elisabeth Borne.

La première impression qui vient à l'esprit suite à cette nomination est qu'il s'agit là d'un sacré coup de jeune, puisque depuis le début de la Ve République, aucun Premier Ministre n'a eu accès à cette fonction à un âge aussi jeune. Laurent Fabius, nommé par François Mitterrand en 1984 à l'âge de 38 ans avait connu pas mal de difficultés à s'imposer sur la forme. D'aucuns se souviennent de sa remarque cinglante à destination de Jacques Chirac "Vous parlez au premier ministre de la France" lors d'un débat d'octobre 1985 qui écorna durablement (pour ne pas dire définitivement) son image en amoindrissant à la fois son aura et son autorité.

Emmanuel Macron voit probablement en Gabriel Attal sinon son alter ego, du moins son Robin, dès lors qu'il puisse se prendre pour Batman depuis sa seconde élection présidentielle remportée consécutivement à un âge où tous les autres hommes politiques françaises passés comme présents fourbissent encore leurs armes avant de songer à entre dans l'arène de la présidentielle.

Mais Gabriel Attal n'est pas Emmanuel Macron et l'aile protectrice du chef ressemble surtout à une fragile ombrelle. A bien y penser, Emmanuel Macron n'a eu que François Bayrou à dompter et Marine Le Pen à battre. Pour Gabriel Attal, les menaces sont plus nombreuses : en interne, il se retrouve à devoir mâter les velléités des barons potentiellement réfractaires à l'idée de subir l'autorité d'un jeunot -: on pense ici à Bruno Le Maire et surtout Gérald Darmanin, sans oublier le pouvoir de nuisance potentiel d'anciens Premiers Ministres, notamment Elisabeth Borne et Edouard Philippe. En externe, le RN et LFI sapent toute possibilité de concorde nationale. Et il n'est pas certain que la sphère journalistique soit favorable au jeune Gabriel.

D'un point de vue plus général, force est de constater que le contexte économique et social de la France n'est pas apaisé en cette année 2024, et que l'accession au poste prestigieux de Premier Ministre de l'un des derniers membres de la jeune garde macronienne encore indemne après sept ans de pouvoir ne constitue pas à proprement parler un cadeau pour Gabriel Attal. Une vie c'est long, et en politique précocité ne rime pas forcément avec longévité tellement les écueils sont nombreux et les retournements de situation incessants.




mardi 28 mars 2023

De l'aplomb et du buzz : emballement médiatique autour d'un simple lycéen

Il y a beaucoup à dire sur l'actualité. La France traverse une zone de turbulences suite à la réforme des retraites impulsée par un gouvernement, celui D'Elisabeth Borne, ayant finalement eu recours à l'article 49.3 de notre Constitution pour faire passer son projet de loi emblématique, faute de disposer d'une majorité absolue à l'Assemblée Nationale et à défaut d'avoir su nouer une quelconque alliance avec les autres formations politiques. Dans ce contexte particulier, propice à l'agitation, aux grèves, aux mouvements sociaux et aux débordements en tous genres, les médias ont vu éclore une nouvelle bête de foire dont le faciès juvénile contraste avec son discours radical, extrémiste : Manès Nadel.

Tel Calimero avec le reste de sa coquille d'oeuf sur la tête, ce jeune garçon scolarisé en classe de Seconde constitue la figure de proue du syndicat lycéen "La voix Lycéenne" (se réclamant de lutte sociale, écologiste, antiraciste, antifasciste, féministe et intersectionnelle), et truste depuis quelques semaines les apparitions remarquées dans les médias, notamment au sein des chaînes d'information en continu (telles que BFMTV et C-News). Il y a à peine neuf mois, sa préoccupation principale portait sur les sujets de son brevet des collèges. Aujourd'hui, il veut faire plier Macron. Ni plus ni moins.

Comment en est-on arrivé là ? Tout est parti d'un premier micro tendu dans la rue, où, grâce à son aplomb, son air excessivement juvénile, ses mimiques et ses éléments de langage structurés (reproduisant étonnamment ceux des leaders de La France Insoumise), ce jeune lycéen s'est vite retrouvé relayé et commenté abondamment parmi les réseaux sociaux (Twitter, TikTok et consors), générant alors un buzz spontané, composé pour une moitié de gens acquis à sa cause séduits par un tel aplomb et pour une autre moitié de gens moqueurs devant ce garnement parlant déjà de retraites. Il n'empêche, les projecteurs se sont retrouvés aussitôt braqués sur lui pour une seconde apparition médiatique, puis une troisième, tout l'enjeu étant alors de savoir s'il s'agissait d'une prestation remarquée isolée ou si le talent oratoire du bonhomme était bel et bien réel... ce qui semble être le cas, le jeune garçon enchaînant depuis lors les prestations oratoires du même acabit que la première.

C'est bien simple, avec le phénomène Nadès Madel on assiste même déjà à l'extension du domaine de la lutte. A la faveur d'une exposition médiatique galopante, le jeune prodige de la rhétorique s'enhardit même à présenter ses autres chevaux de bataille, puisqu'il tire désormais à boulets rouges sur tout ce qui bouge, notamment sur ParcoursSup, sur les modalités d'application du nouveau Baccalauréat, ainsi que sur l'instauration du Service National Universel obligatoire. Partout là où il passe, l'herbe ne repoussera pas.

L'emballement médiatique est donc en cours, et peu importe au final sa représentativité réelle ou supposée. On pourrait dresser un parallèle avec la suédoise Greta Thumberg, mais il me semble moins pertinent qu'un tout autre cas précédemment recensé sur notre sol national (quoique dans un tout autre domaine) à savoir le légendaire Hatem Benarfa. A 13 ans, cet apprenti footballeur pensionnaire de l'INF Clairefontaine fut l'un des protagonistes d'un documentaire sur les jeunes pousses du football français et se fit particulièrement remarquer pour ses performances ballon au pied, sans parler du pseudo adoubement par Zinedine Zidane en personne avec la scène du don de ses mitaines. Pendant près de vingt ans, les naïfs et les optimistes ont attendu frénétiquement l'éclosion de son prétendu talent au plus haut niveau. Une éclosion qui jamais réellement ne vint. Savoir dribbler n'est qu'une des multiples qualités nécessaires pour pouvoir briller au panthéon du football. Il en va de même en matière d'engagement politique et social : savoir singer les grands en y ajoutant de la gouaille de l'aplomb et de la fraicheur, c'est bien. Mais dans une démocratie, bien bien long est le parcours permettant d'acquérir la sagesse, la maturité les connaissances et la légitimité pour changer le monde. 

Une chose est certaine, les rédacteurs en chef des chaînes d'information en continu feraient mieux de stopper leur quête effrénée du buzz, et privilégier la recherche de la compétence et de l'expertise, car en tendant délibérément le micro aux extrêmes et aux bêtes de foire telles que Nadès Manel, le débat public s'en retrouve inexorablement affaibli, nous plongeant chaque jour un peu plus dans la cacophonie et le brouhaha... d'une cour de récréation.

samedi 31 décembre 2022

Guerre des egos, guerre des égaux, guerre des médias, guerre des étoiles... Le jeu trouble d'Elon Musk en Ukraine

Inutile de rappeler ici en détail qui est Elon Musk. Il est tout simplement LE multi-milliardaire intuitif et visionnaire (mais aussi un brin excentrique) qui a fait de sa vie professionnelle une success story en transformant en or tout ce qu'il touchait : Paypal, SpaceX et Tesla pour ne citer que ces trois mastodontes de l'économie mondiale. Il a bien évidemment d'autres lignes à son palmarès de businessman accompli. Sur un plan plus personnel, sa vie est également riche en péripéties, puisqu'il dispose en sus de sa nationalité sud-africaine d'un passeport canadien (via ses racines maternelles), mais également américain grâce à sa formidable contribution a l'économie des USA. Détail assez peu commun le concernant : il  est par ailleurs le père d'une floppée de bambins, issus de trois mères différentes.

Ce bref rappel étant fait, venons-en à ce qui nous intéresse ici. Elon Musk est un acteur privé majeur dans le conflit armé sans pitié que se livrent russes et ukrainiens depuis le 24 février dernier. A lui seul, son poids dans la balance est même supérieur à celui de nombreux états souverains d'envergure sur le scène internationale. Pourtant, il a opéré un brusque changement de cap ces dernières semaines, venant brouiller toutes les cartes au point de laisser perplexes ses suiveurs (tant du côté de ses fans que de ses contempteurs).

Dès les premières heures de l'invasion russe en Ukraine, Elon Musk a réagi en annonçant qu'il déployait son réseau satellitaire Starlink en Ukraine via sa société SpaceX, ceci afin de permettre aux ukrainiens désemparés par l'endommagement des infrastructures vitales du pays, et notamment de ses réseaux traditionnels de communication, de continuer à avoir un point d'accès à l'information. Grâce au déploiement en un temps record de Starlink, internet a continué à fonctionner a peu près normalement en Ukraine, à tel point que la communauté internationale a eu tôt fait de croire qu'Elon Musk était devenu une sorte de corsaire des temps modernes permettant aux naufragés ukrainiens de se maintenir à flots en échappant aux foudres du Poséidon Poutine pourtant déchainé. Dans les faits, ce système de communication d'avant-garde a bel et bien permis de maintenir une couverture internet jusque sur la ligne de front, permettant notamment aux forces ukrainiennes friandes de la technologie occidentale de calculer au plus juste la trajectoire de leurs missiles et de mieux géolocaliser leurs cibles. Les russes, de leur côté, en ont également profité, mais dans une moindre mesure, sachant que leurs équipements militaires sont moins à la pointe du progrès technique. Pour les civils, cela a permis de maintenir les populations informées en temps réel : le fait de continuer à recevoir internet et un accès libre à l'information a eu pour vertu de booster leur moral et leur désir de résistance face aux vagues de terreur de l'occupant russe. Un acteur privé  On se disait alors qu'une fois la victoire ukrainienne acquise, Elon Musk aurait probablement pu recevoir sans peine une citoyenneté ukrainienne d'honneur amplement méritée.

Las ! Avec le temps qui passe et un peu de recul, les observateurs commencent à se rendre compte que le corsaire du roi n'est pas tout à fait le défenseur de la veuve et de l'orphelin en Ukraine, mais qu'il a plutôt l'étoffe d'un pirate.

L'annonce du déploiement avec succès de Starlink en Ukraine a tout d'abord constitué un formidable coup de publicité pour l'homme d'affaires, la question du financement de l'opération n'ayant pas vraiment été évoquée au début du conflit. Les naïfs ont donc pensé que cette opération publicitaire spéciale était en quelque sorte "gratuite" en permettant aux sceptiques de se rendre compte que Starlink permet de connecter le monde de façon durable y compris en terrain hostile. Las ! Il s'avère que dans les faits, la facture pour le déploiement et le maintien des 25.000 terminaux livrés à l'Ukraine a été partagée entre plusieurs protagonistes, avec comme contributeur principal le gouvernement des Etats-Unis d'Amérique. Il y a une quinzaine de jours, Elon Musk a relativisé le poids de la contribution américaine sa balance. Au regard de son immense fortune personnelle, déployer Starlink en Ukraine - même gratuitement - ne constitue qu'une goutte d'eau puisée dans un océan de richesse.

Pourtant, début octobre, les ukrainiens ont constaté que Starlink avait cessé de fonctionner précisément sur la ligne de front (notamment au Donbass et du côté de Kherson), tandis que d'autres régions ukrainiennes constataient quant à elles une importante réduction du débit internet assuré par Starlink. On pourrait arguer du fait que de nombreux terminaux terrestres ont été endommagés avec le temps, mais la vérité crue est toute autre, Elon Musk lui-même ayant pris la décision de réduire la voilure. Reste donc à savoir pourquoi. La raison économique, liée au financement des terminaux constituerait-elle la seule explication à ce soudain tarissement de la source ? Il semble que d'autres enjeux plus complexes puissent expliquer le brutal changement de cap opéré par le corsaire Musk. 

Un premier indice de taille s'est glissé dans un de ses Tweets en date du 3 octobre dernier : usant de la rhétorique et des éléments de langage que l'on retrouve du côté des habituels chiens de garde de Poutine, il propose un sondage express qui jetterait les bases d'un hypothétique protocole d'accord entre ukrainiens et russes. Près de 3 millions de personnes ont répondu par la négative (à hauteur de 60%). L'irruption de ce "sondage express" porte la signature implicite de Vladimir Poutine lui-même, je n'ai absolument aucun doute à ce sujet. Les deux hommes les plus riches de la planète se sont parlés directement à ce propos. Et Poutine a manifestement su se montrer convainquant pour que Musk accepte d'endosser ce rôle d'émissaire auprès de la communité internationale. Soit par la flatterie. Soit par le bluff, soit par un quelconque moyen de coercition. Un simple Tweet a suffi à semer la zizanie. LCI a même réussi à présenter ledit Tweet-sondage comme un authentique "plan de paix". Ni plus ni moins. Mis sous pression par les réactions outrées de nombreuses personnalités et journalistes spécialisés face à cette irruption brutale dans la sphère diplomatique d'un acteur privé n'ayant pas la moindre accréditation, Elon Musk a officiellement démenti s'être au préalable directement entretenu avec Vladimir Poutine a ce sujet et a invoqué le souhait de prévenir une 3e guerre mondiale. Et pourtant... comment imaginer que les deux personnes les plus riches de cette planète ne disposent pas d'un canal de communication direct ayant ringardisé le traditionnel "téléphone rouge" d'autant que là encore les éléments de langage employés sont ceux habituellement utilisés par les habituels chevaux de troie du Kremlin.