mercredi 10 janvier 2024

Gabriel Attal nommé premier ministre à 34 ans : un sacré coup de jeune !

Gabriel Attal est un homme pressé. Propulsé au rang de Premier Ministre à 34 ans seulement en remplacement d'Elisabeth Borne, son ascension ces dernières années a été littéralement fulgurante. Marcheur de la première heure dès 2016, il a vite gagné la confiance d'Emmanuel Macron et gravi les marches du pouvoir quatre à quatre.

Elu député en 2017 dans le sillage de l'élection présidentielle, il devient l'année suivante Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education Nationale et de la Jeunesse à la faveur d'un remaniement du gouvernement d'Edouard Philippe. Deux ans plus tard, le voilà propulsé porte-parole du gouvernement Castex où d'aucuns salueront ses comptes-rendus et ses conférences de presse avec un style à la fois offensif à bien des égards sur la forme tout en restant globalement irréprochables sur le fond. Après un bref passage aux comptes publics aussitôt suivi d'une nomination au prestigieux poste de Ministre de l'Education Nationale, voilà qu'Emmanuel Macron décide de le nommer Premier Ministre à la faveur du départ d'Elisabeth Borne.

La première impression qui vient à l'esprit suite à cette nomination est qu'il s'agit là d'un sacré coup de jeune, puisque depuis le début de la Ve République, aucun Premier Ministre n'a eu accès à cette fonction à un âge aussi jeune. Laurent Fabius, nommé par François Mitterrand en 1984 à l'âge de 38 ans avait connu pas mal de difficultés à s'imposer sur la forme. D'aucuns se souviennent de sa remarque cinglante à destination de Jacques Chirac "Vous parlez au premier ministre de la France" lors d'un débat d'octobre 1985 qui écorna durablement (pour ne pas dire définitivement) son image en amoindrissant à la fois son aura et son autorité.

Emmanuel Macron voit probablement en Gabriel Attal sinon son alter ego, du moins son Robin, dès lors qu'il puisse se prendre pour Batman depuis sa seconde élection présidentielle remportée consécutivement à un âge où tous les autres hommes politiques françaises passés comme présents fourbissent encore leurs armes avant de songer à entre dans l'arène de la présidentielle.

Mais Gabriel Attal n'est pas Emmanuel Macron et l'aile protectrice du chef ressemble surtout à une fragile ombrelle. A bien y penser, Emmanuel Macron n'a eu que François Bayrou à dompter et Marine Le Pen à battre. Pour Gabriel Attal, les menaces sont plus nombreuses : en interne, il se retrouve à devoir mâter les velléités des barons potentiellement réfractaires à l'idée de subir l'autorité d'un jeunot -: on pense ici à Bruno Le Maire et surtout Gérald Darmanin, sans oublier le pouvoir de nuisance potentiel d'anciens Premiers Ministres, notamment Elisabeth Borne et Edouard Philippe. En externe, le RN et LFI sapent toute possibilité de concorde nationale. Et il n'est pas certain que la sphère journalistique soit favorable au jeune Gabriel.

D'un point de vue plus général, force est de constater que le contexte économique et social de la France n'est pas apaisé en cette année 2024, et que l'accession au poste prestigieux de Premier Ministre de l'un des derniers membres de la jeune garde macronienne encore indemne après sept ans de pouvoir ne constitue pas à proprement parler un cadeau pour Gabriel Attal. Une vie c'est long, et en politique précocité ne rime pas forcément avec longévité tellement les écueils sont nombreux et les retournements de situation incessants.